Nestlé condamné pour avoir fait espionner Attac


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Source : Le Point.fr

Le géant de l’agroalimentaire a été reconnu coupable “d’atteinte illicite à la personnalité” pour avoir fait espionner des militants altermondialistes.

 

C’est un jugement que l’on n’attendait plus. En effet, le procès devant le tribunal civil d’arrondissement de Lausanne s’était achevé le 25 janvier 2012. Le jugement est tombé, jour pour jour, un an plus tard, le 25 janvier 2013. Le tribunal condamne Nestlé et la société de surveillance Securitas pour leurs pratiques d’espionnage d’Attac de 2003 à 2005 et des auteurs du livre Attac contre l’empire Nestlé. La justice du canton de Vaud reconnaît qu’il s’agit d’une infiltration illicite et admet la prétention en réparation du tort moral. Nestlé et Securitas devront verser solidairement 3 000 francs suisses (2 400 euros) à huit militants d’Attac. Le 30 juillet 2009, le procès avait abouti à un non-lieu au pénal. La justice faisant tout pour blanchir la plus grande entreprise de Suisse.

L’affaire commence en mars 2003, à la suite d’une manifestation organisée par José Bové devant le siège de Nestlé à Vevey (canton de Vaud). La multinationale charge Securitas d’infiltrer la section locale d’Attac. D’autant que celle-ci prépare un petit ouvrage, Attac contre l’empire Nestlé. Celui-ci, publié en 2004, est préfacé par la militante altermondialiste franco-américaine Susan George. “Alors que Nestlé empoche des profits gigantesques, elle est accusée par des syndicats aux quatre coins de la planète de fouler au pied le droit du travail envers ses employé-e-s”, peut-on lire dans l’ouvrage. Parmi les signataires du brûlot, Sara Meylan, une jeune femme “effacée, timide, sympathique”, âgée d’une trentaine d’années. C’est elle la “taupe”, et c’est un nom d’emprunt.

La justice étouffe l’affaire

Sara Meylan disparaît du jour au lendemain. Une autre espionne va lui succéder, toujours salariée par Securitas. L’affaire est révélée en 2008 par la Télévision suisse romande. Attac dépose une plainte pénale le 20 juin 2008. Auditionnée par la police, Sara Meylan reconnaît les faits, évoque tous les rapports qu’elle a rédigés et parle de son rendez-vous avec le responsable de la sécurité et celui de la communication de Nestlé.

La justice du canton de Vaud tente alors par tous les moyens de minimiser cette infiltration. D’autant que l’on découvre que d’autres organisations locales sont également espionnées. Alec Feuz, jeune retraité de la télévision, se passionne pour cette histoire. Dans un livre intitulé “Affaire classée. Attac, Securitas, Nestlé” (*), paru en 2009, il révèle que le juge d’instruction, dès le début de ses investigations, écrit qu’il n’a “aucune raison de douter de la bonne foi de Nestlé et de Securitas”…

Pas de perquisition chez Nestlé

Le magistrat prend même pour argent comptant les déclarations de G. M., le supérieur de Sara Meylan chez Securitas. Or, le livre dévoile que celui-ci a été condamné à deux ans et demi de réclusion pour “acte sexuel sur un enfant et sur une personne dépendante”. Pire encore, le juge d’instruction vaudois assure qu'”il est matériellement impossible à un agent de police judiciaire de procéder à une perquisition des locaux des bâtiments de Nestlé”. Ensuite, il laisse le soin au géant de l’agroalimentaire et à Securitas de choisir les pièces qu’ils entendent produire devant la justice. Enfin, on apprend que la police cantonale était “au courant d’une infiltration d’un groupement altermondialiste par un agent de Securitas” et qu’elle n’a pas réprimé le délit. Cerise sur le gâteau : peu après l’ordonnance de non-lieu, le juge d’instruction devient… patron de la police cantonale vaudoise.

“Nous sommes très satisfaits de cette condamnation de l’espionnage par le tribunal civil. […] Nous restons très critiques face à certains agissements de la multinationale Nestlé dans le monde”, soulignent Jean-Michel Dolivo et Rodolphe Petit, les avocats d’Attac. En effet, si un militant altermondialiste ne risque pas sa vie en Suisse, en revanche, il n’en va pas de même pour ses correspondants, notamment en Colombie où les droits de l’homme ne sont pas respectés, qui ont fourni des informations pour la rédaction du livre Attac contre l’empire Nestlé.

De notre correspondant à Genève,

(*) Éditions d’En Bas, 212 pages.

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