Gaz de schiste : le “oui” provisoire de l’Allemagne

Source

L’Allemagne va-t-elle finalement donner son feu vert à l’exploitation du gaz de schiste? Rien n’est encore joué. Depuis le dépôt d’un projet de loi fin février autorisant la fracturation hydraulique dans le pays, l’opposition ne fait que grandir. Chez les riverains, les élus locaux et au sein même de la majorité parlementaire.

Comme en France, l’exploitation des gaz de schiste est loin de faire l’unanimité en Allemagne et le sujet est politiquement sensible. “Nous exigeons que l’injection dans le sous-sol de produits toxiques et dangereux pour les nappes phréatiques soit interdit“, revendique Andreas Mattfeldt, député conservateur (CDU) représentant la circonscription de Verden, dans la Basse-Saxe. Prenant la tête d’un groupe de 80 députés conservateurs au Bundestag, le parlementaire se fait le porte voix d’élus directement concernés par l’exploitation du gaz de schiste dans leurs circonscriptions. Deux semaines après le dépôt par le ministre de l’environnement, le conservateur Peter Altmaier (CDU), et par le ministre de l’économie, le libéral Philipp Rösler (FDP), d’un projet de loi autorisant l’exploitation des gaz de schiste en Allemagne, l’opposition gronde dans les rangs même de la majorité parlementaire. La contestation des parlementaires s’ajoute à celle des Länder, les Etats-régions représentés au Bundesrat où siège actuellement une majorité réunissant sociaux-démocrates et écologistes. Même la conservatrice Bavière a déjà clairement signalé son refus de signer toute autorisation de fracturation hydraulique.L’opposition politique ne tranquillise pas pour autant les nombreux collectifs locaux, plus d’une trentaine, qui se sont créés ces dernières années. Car si l’Allemagne ne connait pas d’exploitation industrielle du gaz de schiste, les forages de prospection ont déjà lieu, à l’instar de la région de Lünne, en Basse-Saxe, où se trouve à ce jour l’unique forage vertical du pays. “L’accord entre les deux ministères n’est qu’un tranquillisant destiné à calmer les opposants à l’exploitation du gaz de schiste“, critique Dirk Jansen, spécialiste du sujet pour l’organisation Bund, la branche allemande des Amis de la terre. “Les restrictions prévues sont complètement inadaptées. Et ce qui nous offusque particulièrement, c’est de voir le Ministre de l’environnement ignorer complètement les conclusions alarmantes de l’étude préalablement publiée par son ministère“.

Guerre des chiffres

De fait, le projet de loi prévoit l’interdiction de forage dans les réserves d’eau naturelle, ainsi qu’une régulation des produits chimiques utilisés et l’obligation de procéder avant toute exploitation à une étude de l’impact sur l’environnement, un procédé largement pratiqué dans le pays, pour la création de zones industrielles par exemple. Or, soulignent les collectifs, cette étude, connue sous le sigle UVP, n’est nécessaire qu’à partir d’un volume d’extraction de 500,000 mètre cube par jour. Par ailleurs, seulement 14% de l’ensemble des territoires concernés par le gaz de schiste rentre dans la catégorie réserves d’eau naturelle.

Deux entreprises sont particulièrement intéressées par l’exploitation des gaz de schiste en Allemagne, ExxonMobil et Wintershall, filiale de BASF. “Le projet de loi est une décision importante pour notre branche“, se félicite Kurt Bock, à la tête de Wintershall. “Le fracking ne doit pas devenir un sujet anxiogène.” Chez ExxonMobil, on met en avant le rôle “central” du gaz pour assurer la transition énergétique du pays. Les deux entreprises nourrissent leur optimisme par les conclusions d’une étude de l’Institut fédéral des géo-sciences et des ressources naturelles, d’après laquelle le sous-sol allemand contiendrait 2,3 billions de mètres cubes de gaz de schiste, principalement en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Basse-Saxe et dans le nord de la Hesse. Suffisamment pour couvrir les besoins en gaz du pays pendant 27 ans. Mais une autre étude circule en Allemagne, celle publiée par l’Agence fédérale de l’environnement. Leurs auteurs estiment les ressources capables de couvrir les besoins énergétiques sur 13 ans uniquement. Et si l’on considère que 14% des terrains sont classés en « réserve d’eau naturelle », les ressources devraient être moindres encore.

La réforme du code minier aura-t-elle lieu?

L’existence de ces deux études aux conclusions – et au ton – diamétralement opposés reflète l’intense combat entre partisans et opposants à la fracturation hydraulique. Ainsi, l’hebdomadaire Focus n’hésite pas à relater les pressions exercées par ExxonMobil sur les journalistes, tout en décrivant le rôle de la multinationale américaine dans la levée de restrictions figurant dans dans le projet de loi présenté dernièrement. De fait, l’enjeu est de taille : il s’agit, comme en France,  de réformer le code minier, vieux de plus de 60 ans, qui légifère sur l’exploitation des gaz de schiste – mais aussi sur le stockage des déchets nucléaires. Or, la décision de l’Office des mines prime sur les décisions communales ou régionales, et même un moratoire comme celui décrété par le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie contre le gaz de schiste, ne tient pas au plan juridique. Le dernier projet de loi, qui s’apparente donc à une réforme d’ampleur pour le pays, est loin d’être adopté.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
© 2013 Novethic – Tous droits réservés
Ce contenu a été publié dans Annonces. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Blocage des indésirables par WP-SpamShield