BRISONS L’OMERTA SUR FUKUSHIMA

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Je suis rentrée ce soir à Tokyo. Cette visite de FUTABA et ma rencontre avec divers membres de la famille qui m’a amenée là-bas ont été poignantes.
Je me croyais forte, j’ai tenu le choc tant que j’étais avec eux tous, mais ce soir, en rentrant chez moi, je me suis mise à pleurer…. Les images des maisons écroulées, de la chaussée défoncée, de la ville basse en bordure de mer complètement disparue (il ne reste qu’un terrain vague à l’infini), les os des vaches dans l’étable (les gens pensaient revenir le lendemain, ils n’imaginaient pas que l’évacuation serait sans retour, ils ont laissé les vaches enfermées dans l’étable), les devantures de magasins démolies, les petits temples traditionnels tout de guingois, les monuments dans le cimetière en grande partie
renversés, les rideaux dérisoires qui sortent par des fenêtres cassées et s’agitent au vent glacial de février, et puis toutes ces belles maisons intactes, récentes, entourées de jardins, dans lesquelles plus personne ne peut revenir vivre parce qu’elles sont contaminées….
Pudiques sur leur malheur les gens ne sourient plus, ils avaient une belle vie ici, entre la forêt, les montagnes et l’océan, aujourd’hui ils sont réfugiés dans des préfabriqués minuscules…
“Après des mois dans un lycée désaffecté à partager une salle de classe avec d’autres réfugiés, on a réussi à trouver un tout petit appartement, mais on n’a pas de travail, et puis on est loin de la mer, ça nous manque, on a toujours vécu ici. On a encore 12 ans de crédit à payer pour la maison, devenue inhabitable…. Le peu d’argent qu’on reçoit, on est obligé de le garder pour payer le crédit…. On n’a plus rien.” (C’est un problème fréquent au Japon: les gens continuent de payer les crédits quoi qu’il arrive, même si leur maison est effondrée ou devenue insalubre suite à une catastrophe).
En temps normal, après une catastrophe naturelle, les gens s’entraident, nettoient, reconstruisent ensemble, et la vie repart….
MAIS UNE CATASTROPHE NUCLEAIRE N’EST PAS UNE CATASTROPHE NORMALE.
Il ne reste que des ruines, des maisons vides et des villes-fantômes, et on ne peut rien faire, rien réparer : ni les routes, ni les toits, ni les murs ! Plus de place pour les hommes, plus de place pour leur labeur, plus de place pour leurs animaux ni leurs champs.
C’est comme si l’homme était de trop.
Janick Magne, de retour de Futaba (proche de Fukushima)

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